Le « formatage » qui sévit actuellement en France a toujours existé chez les Américains. La force de leur cinéma, tendancieux et démagogique, a quelquefois été utilisée à contre-courant par des rebelles, plus ou moins officialisés, dont la personnalité faisait barrage aux ukases des « Moguls ». Quelques exemples prestigieux, choisis en toute subjectivité.

 

Quatre mots pour le définir :

 

1.  PUISSANCE. Sous le signe du souffle épique. Quel que soit le scénario, le découpage, la conception de chaque plan, la cadence du montage donnent le sentiment exaltant que l’on est emporté par des tempêtes perverses aux accalmies trompeuses, à la violence fonctionnelle. Les chevauchées, les poursuites, les attaques frontales ne relèvent pas seulement du spectacle en tant que tel mais aussi et surtout d’une savante chorégraphie. Virtuosité pure, je veux dire sans maniérisme aucun.

 

1.   SANTÉ. Il s’agit plus sûrement de la santé morale dont il habille ses personnages que de la santé physique commune à ses héros, héritage de sa propre vigueur. On peut citer soit la femme énergique jusqu’à l’inconscience interprétée avec humour par Edna May Olivier dans Drums Along the Mohawk, soit ce Victor Marswell auquel Clark Gable prête ses sourires st son charisme dans Mogambo, soit encore presque tous les rôles incarnés par John Wayne, typique héros fordien.

 

1.   HISTOIRE. Jetant un pont entre son Irlande natale et les USA, Ford bâtit une partie de son œuvre autour des événements basiques qui ont fondé la démocratie, s’élevant ainsi par métaphore contre les préjugés ou l’asservissement. Mais il ne s’arrête pas à la partie apparente de l’iceberg (Lincoln, les grands mouvements sociaux dans The Grapes of Wrath, How Was Green My Valley ou Young Cassidy). Il s’attaque encore plus frontalement, et sans ambiguïté, aux problèmes raciaux qui ont bouleversé l’Amérique, provoqués par l’inévitable mixité de son peuple. (Cheyenne Autumn évidemment ou Sergeant Rutledge mais de façon plus aiguë dans Two Rode Togheter : la scène de lynchage du jeune « Indien » avec, en contrepoint, la boîte à musique de son enfance est certainement un des sommets de la dialectique fordienne.) On le comprend aisément : Ford est un homme engagé mais pas militant. Il ne tord pas les événements en fonction d’une thèse sous-jacente, le fameux « message » qu’on attend d’un cinéaste digne de ce nom !!!

 

1.   POÉSIE. Souvent latente, toujours inspirée, elle s’exprime sans mièvrerie, insérée dans un contexte social sourdement présent. (Le dernier plan d’un des ses plus grands films, The Searchers quand John Wayne sort de la maison pour respirer enfin et que la caméra s’enfonce dans l’ombre. Gene Tierney, la sauvageonne, découvrant dans Tobacco Road, le reflet de son visage sur le capot d’une voiture, etc.)

 

Et ces quatre mots trouvent leur conjonction dans un seul : GRANDEUR. Grandeur du regard. Grandeur des sentiments. Grandeur de l’homme face à l’adversité. Grandeur de la femme face à la sauvagerie. Grandeur de la nature, symbole de liberté avec ses pièges sournois.

Grandeur et noblesse de l’acte professionnel qui trouve son apogée dans ce chef-d’œuvre absolu, testament bouleversant, qu’est Seven Women.

Ford est un cinéaste universel à l’instar de l’immense MIZOGUCHI KENJI.

C’est sans doute pourquoi il a été la cible de médiocres prédateurs dont Sergio Leone est le plus flagrant et le moins honorable représentant.

 

Seven Women
Two Rode Togheter (James Stewart et Richard Widmark)
The Searchers
Drums Along the Mohawk (Henry Fonda et Claudette Colbert)
Tobacco Road (Gene Tierney)
The Horse Soldiers (William Holden et John Wayne)
The Man Who Shot Liberty Valance (John Wayne et James Stewart)
The Three Godfathers
How Was Green My Valley
The Grapes of Wrath

Mais il faudrait les citer tous 

 

 

 Paul Vecchiali

(Vivo nel sud della Francia sulla "Côte d'Azur"

molto lontano dell'America

ma tanto vicino di John Ford.

Quando ne vedo uno, è come ritrovare l'ossigeno.

Crudeltà e umanesimo sono cosi tanto legati

che l'espressione della vità non è mai finta. Paul, 24/4/2009, 16/4/2009)